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La consommation de chocolat permet-elle d'obtenir un prix Nobel ?

15/10/2012
Un journal scientifique va-t-il révolutionner l'attribution des prix Nobel ? Tout cela en suggérant que la consommation de chocolat pourrait stimuler le cerveau et contribuer à l'attribution d'un prix Nobel.

Des faits surprenants

Un article paru dans le New England Journal of Medecine intitulé Chocolate Consumption, Cognitive Function, and Nobel Laureates et rédigé par Franz H. Messerli, souligne qu'il existe une étroite corrélation linéaire significative (r = 0,791, P <0,0001) entre la consommation de chocolat par habitant et le nombre de lauréats du prix Nobel pour 10 millions de personnes sur un total de 23 pays.

 

La Suisse est en tête, avec 22 prix Nobel attribués pour 7 millions d'habitants et une consommation individuelle de 11.9 kg de chocolat par an, soit 30 grammes par jour ! 

Lorsque le coefficient de corrélation a été recalculé - à l'exclusion de la Suède -, il est même passé à 0,862.L'étude montre même que la Suisse a été le plus performante en termes de nombre de lauréats du prix Nobel et de consommation de chocolat. Et la tendance mesurée par la pente de la droite de régression permet d'estimer que cela prendrait environ 0,4 kg de chocolat par habitant et par an pour augmenter d'une unité, le nombre de lauréats du prix Nobel dans un pays donné. Aux États-Unis, la consommation de chocolat devrait augmenter de 125 millions de kg par an. Pour être efficace, la dose minimale de chocolat semble se situer autour de 2 kg par an, et la dose maximale autour de 11 kg par an.

Le chocolat, un aliment révolutionnaire

La composition du chocolat est bien connue. Les flavonoïdes, des composés psychoactifs présents dans le chocolat, ont une excellente réputation d'antidépresseur et de stimulants intellectuels.Sur le plan scientifique, la consommation de chocolat a été documentée pour améliorer la fonction cognitive et il semble possible que cette consommation de chocolat fournit un terrain fertile nécessaire à la germination des lauréats du prix Nobel. De là à conclure que la consommation de chocolat va transformer chaque citoyen en un nobélisable est un pas à ne pas franchir.

Une étude à décoder

Ces résultats peuvent paraître amusants mais l'analyse de la méthodologie réduit fortement le propos. D'abord, parce que l'auteur est lui-même partial car consommateur quotidien de chocolat et, peut-être, candidat au prix Nobel ;).

Ensuite car l'étude ne mesure que des corrélations entre deux variables, ce qui ne prouve pas de causalité. Rien n'établit à ce jour que la consommation de chocolat augmente la probabilité d'obtenir un prix Nobel. Une corrélation entre l'attribution d'un prix Nobel et la consommation de chocolat ne prouve pas la causalité, mais indique que soit l'attribution d'un prix Nobel influence la consommation de chocolat, que la consommation de chocolat influe sur l'attribution d'un prix Nobel, ou que l'attribution d'un prix Nobel et la consommation de chocolat sont influencés par un mécanisme commun sous-jacent.

D'autant plus que si la causalité est avérée, la Suède où la consommation de chocolat par habitant atteint 6,4 kg par an,  aurait dû produire  14 lauréats du prix Nobel, mais 32 ont été attribués. Comme le résultat  observé est doublé par rapport au nombre attendu, on ne peut que s'interroger sur la patriotisme suédois lors de l'évaluation des candidats à ces bourses. A moins que les suédois assimilent mieux les effets du chocolat au point de générer plus facilement des prix Nobel ;).

A l'inverse, l'amélioration de la performance cognitive pourrait stimuler la consommation de chocolat du pays. Une sorte de causalité inverse. Les habitants les plus intelligents seraient plus conscients des bienfaits pour la santé des flavanols dans le chocolat noir et sont donc susceptibles d'accroître leur consommation car le fait qu'un pays reçoive un prix Nobel demeure peu susceptible d'accroître la consommation de chocolat de manière régulière et significative.

Il est aussi difficile  de trouver un dénominateur commun plausible qui influence à la fois la consommation de chocolat et le nombre de lauréats du prix Nobel depuis de nombreuses années. Les différences socio-économiques, les spécificités géographiques et climatiques des pays peuvent jouer un rôle, mais sont loin d'expliquer la corrélation observée.

L'instrument de mesure manque aussi de pertinence. Comme il est difficile de faire une rétrospective de la consommation individuelle de chocolat par chaque prix Nobel, l'étude a analysé des moyennes nationales, c'est-à-dire la consommation moyenne de chocolat par la population, et non la consommation de chocolat spécifique à chaque lauréat du prix Nobel. Une hypothèse est sous-jacente : la consommation moyenne d'une population impacte la consommation individuelle d'un lauréat du prix Nobel du pays concerné. Ces moyennes sont aussi des données passées et la consommation actuelle demeure inconnue. Qui prouve que l'évolution constatée antérieurement va continuer à exister. Or les variables de consommation de chocolat et d'attribution d'un prix Nobel ne restent pas stables dans le temps mais évoluent continuellement.

Dans le même ordre d'idées, la dose cumulée de chocolat qui est nécessaire pour augmenter suffisamment les chances d'être invité  à Stockholm pour la remise d'un prix demeure inconnue.

Quelques mois plus tard, une équipe de l'UCL (Université Catholique de Louvain), en Belgique, nie l’effet des antioxydants sur... le nombre de prix Nobel. « Selon cet article [paru dans le New England Journal of Medecine ], ce lien pourrait s’expliquer par le fait que le cacao est riche en flavanols, dont l’action antioxydante aurait un effet positif sur les fonctions cognitives. Sur cette base, l’auteur concluait que le chocolat pourrait améliorer les fonctions cognitives dans l’ensemble de la population et qu’accroître la consommation de chocolat augmenterait le nombre de prix Nobel », explique le professeur Pierre Maurage, un des chercheurs de l’Institut de recherches en sciences psychologiques de l’UCL qui démonte complètement l’étude originale. « Étant donné le vaste lectorat du New England Journal of Medicine, un journal médical ayant un fort impact scientifique, cette proposition a été largement disséminée par la presse, tant spécialisée que générale, à travers le monde, diffusant le message simpliste selon lequel manger plus de chocolat accroît les capacités intellectuelles, explique le chercheur. La concentration élevée en flavanols dans le cacao ne permet pas d’expliquer la corrélation entre consommation de chocolat et nombre de Prix Nobel. Une corrélation entre deux variables n’implique jamais une causalité. »

Une démonstration par l'absurde

Selon les chercheurs UCL une corrélation existe entre le nombre de Nobel obtenus et le nombre de magasins Ikea dans un pays. La corrélation est même plus forte que dans le cas du chocolat. Et les chercheurs de préciser qu'« Il serait farfelu de supposer qu’Ikea limite son marché aux pays ayant obtenu beaucoup de prix Nobel. »

En fait, ils supposent qu'il existe une autre variable explicative commune : le niveau de décelopepmetn économique qui pourrait expliquer, que le chocolat, produit de luxe se consomme  dans des pays où la richesse permet un financement optimal du système éducatif et de la recherche.

Conclusion

Il reste à démontrer que la consommation de chocolat constitue un mécanisme sous-jacent à l'amélioration de la fonction cognitive. C'est la conclusion à laquelle le chercheur aboutit !
 
Les chercheurs de l'UCL soulignent « la nécessité d’interpréter correctement les résultats scientifiques avant de les diffuser vers un public large et non expert, puisque le risque de surinterprétation ou d’interprétation erronée est toujours présent lorsqu’une découverte est réduite à un message percutant. »