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Histoire

Téléralité : L'île de la tentation

15/08/2012
Avec L'Île de la tentation, TF1 a joué la surenchère sur la télé-réalité, au risque de brouiller son image. Les annonceurs ont suivi, à quelques exceptions près. Retour en arrière vers un succès avec ses quatre couples sollicités par vingt-cinq célibataires qui paraissentt menacer les valeurs traditionnelles de la chaîne liées à la famille. Et l'annonceur suit : une jeune femme en Bikini qui grimpe à un cocotier, des billboards suggestifs pour les préservatifs Manix...
2002 : Depuis quelques jours, par bandes-annonces interposées, l'antenne de TFl a pris une coloration inédite. Bienvenue sur L'île de la tentation, le feuilleton de téléréalité qui rythmera pendant neuf semaines les samedis soir de la Une à partir du 6 juillet. Cadre idyllique, participants hâlés... En apparence, un parfait programme d'été. C'est oublier la mention « accord parental souhaitable » et la réputation sulfureuse du programme d'Expand, diffusé l'an dernier sur la Fox, aux États-Unis. C'est oublier, surtout, le concept de cette émission de deuxième partie de soirée. Durant deux semaines, sur une île des Caraïbes, quatre couples sont soumis séparément aux tentations de vingt-cinq célibataires, hommes et femmes, prêts à tout pour les faire craquer.

L'Église tire la sonnette d'alarme

Par comparaison, Opération séduction aux Caraïbes, qui a été diffusée sur M6 le jeudi soir en prime time, à partir du 11 juillet 2002 et pendant neuf semaines, paraît bon enfant. M6, qui entend toucher a « un public très large », affirme qu'il ne s'agit pas d'un jeu de rencontres, mais d'un « test grandeur nature de magazine féminin sur la perception de l'homme idéal par les femmes ».

TF1, briseuse de couples? Marie-Caroline de Marlive, porte-parole de l'Église catholique, en sa qualité de directrice de la communication de la Conférence des évêques, tire la sonnette d'alarme: « Ce programme prétend aire la lumière sur la vérité des sentiments, mais il débouche sur une logique d'enfermement et d'instrumentalisation. J'y vois une grande violence psychologique qui évacue la notion de responsabilité envers les autres au profit de l'authenticité du ressenti. » Au sein de la chaîne, où l'on refuse de s'exprimer officiellement, on se défend à voix basse: « Il s'agit de voir si les couples sont vraiment faits pour durer. Les jeunes gens qui ont été sélectionnés vivent ami ensemble, cette expérience peut leur être bénéfique C'est une thérapie qui leur permet de gagner du temps... » Et puis le programme aurait été large ment adapté par Glem (Géra Louvin) au goût français et la tradition galante. Quant l'accord parental, il faudrait voir le sens de la responsabilité de la chaîne.

Remise en cause de la quête de sens

L'île de la tentation pourra néanmoins faire voler en éclat les valeurs traditionnelles de TFl et mettre un point final à « la quête de sens » lancée il y a quelques années par la chaîne. En mai 2001, le PDG Patrick x Lay fustigeait Loft Story dans les colonnes du Monde « Une chaîne généraliste en clair peut-elle diffuser à une heure à laquelle une majorité d'enfants regarde la télévision un programme incitant des unes gens à former un couple temporaire par appât du gain ? » ,Certes, il n'y a rien à gagner dans L’Ile de la tentation et il s'agit plutôt de défaire les couples... François Jost, sociologue des médias, professeur à Paris III et auteur de L'Empire du Loft (éditions La Dispute), reste néanmoins mesuré: «Je ne pense pas que TF1 ira trop loin: la chaîne est leader et a des valeurs homogènes liées à la famille qui correspondent à un public assez conservateur. Si l'émission est un encouragement à l'adultère, ce sera un gros risque en termes d'image. Mais si elle reste dans la tradition du vaudeville, ce n'est pas gênant

Tarifs raisonnables

Les agences médias, pour leur part, adhèrent au concept. Avec un écran de coupure facturé 28 000 euros contre 17 000 euros d'ordinaire, les tarifs sont jugés raisonnables. «On y va les yeux fermés, affirme Alexis Porte, expert TV chez Initiative Médias. Ce n'est pas du direct, le risque de dérapage est très limité. Et même quand la vitrine est racoleuse, TF1 reste toujours politiquement correcte. » Régine Tounier, directrice du développement TV chez MPG, fait écho: « Il est peu probable que 7F1 sorte de son territoire, même si la forme paraît racoleuse. » A l'Union des annonceurs, Didier Beauclair, directeur médias, souligne que «le programme n'a fait l'objet d'aucun débat particulier». Mais Annie Mazenti, directrice générale de Starcom, a conseillé à son client Procter & Gamble, réticent, d'attendre fin juillet. Et chez Peugeot, on admet avoir «choisi de ne pas s'associer à cette programmation, même si nous sommes présents sur la période et sur TFl. » Et ce, en dépit d'une campagne sur la 106, dont la cible jeune est en adéquation avec le public de L’île de la tentation.

La télévision devient expérimentale

En donnant au téléspectateur l'illusion d'agir sur le réel, la télé-réalité a modifié le rapport entre les chaînes et le public. Telle est la conclusion dune étude du sémiologue Raphaël Lellouche pour Ipsos, portant sur une cinquantaine d'émissions, tous genres et chaînes confondus. «Nous nous trouvons en présence d'une télévision réflexive, qui devient sa propre référence. Celle-ci ne rend plus compte du réel, mais crée sa réalité, un monde fermé, une sorte de laboratoire expérimental », explique-t-il. Devenue une formidable machine à produire de la notoriété et des héros, machine qu'elle exploite pour elle-même, la télévision créerait une illusion de complicité avec un « supertéléspectateur » capable de contrôler les destins. « Les émissions qui fonctionnent sur le principe de l'élection et de l'exclusion sont sur-scénarisées, poursuit Raphaël Lellouche. Dans les deux cas, les intéressés n'y peuvent rien. » Pour le sémiologue, il s'agit d'une étape nécessaire dans l'histoire de la télévision. « Le problème pour les chaînes n'est pas d'être pour ou contre, conclut-il. C'est toute la télévision et son rôle qui sont en question. »

Source : Maudieu M., Stratégies, n°1244 – juillet 2002
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