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Tax Freedom Day : un leurre pour manipuler l'opinion publique ?

10/08/2018
Un rendez-vous annuel fiscal à vocation néo-libérale mis en musique en 1948 par un homme d’affaires américain, Dallas Hostetler

Chaque année, la journée de la libération fiscale refait surface à l'occasion de la publication de l'étude de l'Institut économique Molinari, consacrée à l'imposition sur le revenu des États membres de l'Union Européenne.

Un principe simple

La journée de la libéralisation fiscale correspond au jour de l'année à partir duquel un individu travaille pour lui-même ou, a contrario, jusqu'au jour où un contribuable doit travailler pour renflouer les caisses des pouvoirs publics.

Son mode de calcul : Il s'agit de mesurer la pression fiscale, à travers un pourcentage de taxation et de le multiplier par 365 et avoir ainsi une date charnière qui nous indique à quel moment on ne travaille plus pour remplir les caisses de l’état.

En Belgique, le contribuable travaille pour renflouer les caisses de l'État jusqu'au 6 août avant de pouvoir remplir ses propres poches.Car, selon Molinari, le travailleur belge est le plus cher d'Europe. Et, pour 100 euros de pouvoir d'achat, l'employeur doit verser 231 euros. Pire, la Belgique est le dernier pays d'Europe dans lequel un contribuable a fini de payer ses impôts (217 jours).

Les dates de la libéralisation fiscale en Europe en 2014

  • Chypre 21 mars
  • Irlande 28 avril
  • Malte 28 avril
  • Royaume-Uni 12 mai
  • Bulgarie 18 mai
  • Luxembourg 30 mai
  • Portugal 6 juin
  • Danemark 7 juin
  • Slovénie 8 juin
  • Estonie 10 juin
  • Espagne 12 juin
  • Croatie 13 juin
  • Pologne 14 juin
  • Lituanie 18 juin
  • République Tchèque 19 juin
  • Finlande 20 juin
  • Slovaquie 20 juin
  • Lettonie 20 juin
  • Pays-Bas 21 juin
  • Suède 23 juin
  • Italie 30 juin
  • Roumanie 1er juillet
  • Allemagne 11 juillet
  • Grèce 14 juillet
  • Hongrie 16 juillet
  • Autriche 28 juillet
  • France 28 juillet
  • Belgique 6 août

Décodage

Du côté des employeurs, l'interprétation de ce chiffre ne laisse planer aucun doute pour revendiquer une réduction générale des charges salariales pour les PME et entrepreneurs pour rendre la main-d’œuvre plus abordable, surtout en comparaison des autres européens.

Chez les économistes et les spécialistes, les comparaisons entre pays ne sont guère pertinentes. On ne peut pas tenir compte de cette pression fiscale sans tenir compte de ce que cet argent finance. Aux Etats- Unis, la pression fiscale est plus faible mais les services publics sont moins développés. Les dépenses privées sont donc beaucoup plus élevées. Le système coûte plus cher pour tout le monde et est beaucoup moins équitable. Se baser sur ce système, c’est fausser tout à fait le jeu, explique Dominique Berns dans le Soir du 6 et du 8 août 2014. Et d'ajouter "Les 217 jours dont on parle sont un indicateur. On travaille beaucoup pour financer la protection sociale, la santé et l’enseignement. Si nous n’avions pas ce système, si l’école était moins subventionnée, on devrait sans doute s’endetter pour faire nos études. Il est donc faux de dire qu’on travaille pour financer une bureaucratie qui nous étouffe. En revanche, il faudrait que l’Etat étudie en permanence l’efficacité des dépenses publiques. Ce n’est qu’à partir de là qu’on peut couper dans les finances de manière adéquate. En somme, la question globale est de savoir dans quelle société on veut vivre".

Docteur en sciences économiques à l’Université de Mons, Giuseppe Pagano confirme l'analyse. "Il s’agit principalement d’une observation dont on ne peut pas tirer beaucoup de conclusions. Dire que nous payons beaucoup d’impôts au sens large est une simple constatation. Le plus important est de voir les services que les citoyens reçoivent en échange. Prendre l’un sans l’autre n’a aucun sens. C’est comme si par exemple, on vous disait qu’aller au restaurant coûte 100 € sans savoir si c’est pour une soupe ou un menu cinq services. Dans les pays européens, les impôts sont élevés mais les citoyens reçoivent des services. Il ne faut pas oublier que certes, une grande partie du travail passe dans les mécanismes de l’État mais que celui-ci le redistribue en allocations, pensions, soins de santé… Le premier poste de dépense de l’État est d’ailleurs la sécurité sociale qui profite directement aux citoyens. En Belgique, France, Allemagne entre autres, les soins sont largement couverts. Contrairement aux États-Unis où la part d’investissement privé est énorme. Cette journée de la libération fiscale est donc une constatation amusante qui relève plutôt d’un intérêt folklorique". [Interview au journal Le Soir].

D'autant que le concepteur de la méthode a cédé les droits de sa création à un think tank, la Tax Foundation, dont le but esy de dénoncer le poids croissant de l’État (!).

Cette quantophrénie allègue que tous les contribuables sont «logés à la même enseigne, quel que soit le pays concerné. Comparer les taux de prélèvement de pays à pays sans prendre en compte les dépenses qu’ils financent est une erreur. Ainsi, aux États-Unis, les dépenses publiques de santé sont (proportionnellement) moins élevées ; mais les dépenses privées, bien plus élevées. De sorte que les dépenses totales de santé pèsent bien plus lourd : 17 % du PIB, contre 11 à 12 % dans nos pays. Dans ce cas, moins d’État n’est ni efficace, ni équitable, comme le note Dominique Berns.

Mais l’idée sous-jacente demeure : dénoncer (implicitement ou explicitement) le joug de la bureaucratie  – comme l’expliquait sans détour Contribuables associés, une autre association qui poursuit les mêmes objectifs.

Si l'on pousse le raisonnement jusqu'au bout, cela signifierait que le contribuable belge a travaillé 25 jours pour payer l’éducation de ses enfants (ou, si nous n’en avons pas, pour « rembourser » celle que nous avons reçue) ; puis 32 jours pour payer des infirmières et financer le fonctionnement des hôpitaux et le remboursement des opérations et des médicaments ; et, enfin, 80 jours pour que l’Etat puisse assurer le paiement des retraites, des allocations familiales, des allocations sociales, etc., etc.

Si ces services n’étaient pas fournis et financés (ou tout ou en partie) par la collectivité, chaque contribuable devrait en assumer le coût et rémunérer les enseignants de nos enfants, souscrire une assurance-maladie privée, etc.

En Belgique, taxes, charges et impôts sont élevés. A ce titre, une évaluation des dépenses publiques en fonction de leur efficacité et de leur coût s’impose. "Le service public belge est très large et certainement l’un des plus large au monde. Un bon indicateur est le coût réduit des études universitaires dans notre pays. L’accès à la culture est également très facile. Cela dit on considère qu’il coûte cher. La raison première vient de la taille réduite du pays qui induit des coûts d’échelle. Viennent s’ajouter à cela les subdivisions territoriales en régions et communautés qui alourdissent terriblement la structure administrative du pays et donc son coût" précise Giuseppe Pagano..

Mais, au final,le Tax Freedom Day ne pose-t-il pas la question  du modèle de société dans laquelle nous souhaitons vivre. Individualiste ou solidaire ?

En 2018, le Tax Freedom Day a disparu de nos écrans

Les débats devenant tellement réducteurs voire caricaturaux, PwC a abandonné le Tax Freedom Day. En effet, réponse du berger à la bergère, le Tax Justice Day, initié par des ONG et des syndicats, voulait sensibiliser quant aux ravages provoqués par la fraude fiscale et l’évasion fiscale. 

Aujourd'hui, EY, une autre boîte de consultance, a pris le relais avec le "Tax Liberation Day", fixé l’an dernier au 27 juillet. EY travaille en collaboration avec l’Institut Molinari, un think tank fondé en 2003 d’après Gustave de Molinari (1819-1912), un économiste et journaliste franco-belge qui a œuvré à promouvoir les politiques économiques libérales (L'ECHO).

Un combat idéologique qui rappelera que la justice fiscale est nécessaire dans une démocratie et  que les scandales Lux Leaks et Panama Papers, l'amnistie fiscale, la taxe carat, la taxe Caïman, les montages fiscaux, la transaction pénale et la baisse de l'impôt des sociétés restent perçus, à juste titre, comme des cadeaux faits aux riches.